Le Pastel

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Histoire

Plante fourragère précoce, plante tinctoriale, remède anti-scorbutique, pour cicatriser les plaies, contre la jaunisse, l’ictère et les maladies de la rate.

Des écrits attestent qu’Hippocrate utilisait ses feuilles en cataplasme pour leurs vertus cicatrisantes. La plante est restée référencée dans la Pharmacopée jusqu’en 1744 pour ses propriétés en dermatologie

Dès l’Antiquité, les Egyptiens teignaient au Pastel, Isatis tinctoria, les bandelettes dont ils emmaillotaient leurs momies.

Le Moyen-Age, à son tour, reconnut ses vertus médicinales et cicatrisantes. Selon les archives marseillaises ce sont les Maures qui introduisirent le Pastel dans tout le sud de l’Europe.

Le début du XVe siècle le vit fleurir en Angleterre, alors que quelques temps plus tard, les pays du nord se spécialisent dans la teinture en redécouvrant les propriétés tinctoriales de cette plante.

1/ Les feuilles étaient récoltées en septembre et amenées chez le meunier pastellier où elles étaient écrasées sous une meule, pour produire une pâte végétale qui était laissée à fermenter pendant huit semaines

2/ A partir de là, les mouleurs venaient mouler à la main des boules de la taille d’un pamplemousse. Ces boules se nomment des « Cocagnes » ou « guesdes » au-dessus de la Loire. Elles seront mises à sécher durant quatre mois et ainsi deviendront dures, noires et plus petites et ainsi plus faciles à transporter. Sous cette forme, le pigment bleu se conserve quelques mois et peut donc faire l’objet d’un commerce international

A l’époque médiévale, les centres de production du pastel français se situaient en Bretagne, en Normandie, dans la Somme, en Gascogne et dans le Lauragais (triangle compris entre Toulouse, Albi et Carcassonne). Le commerce des coques (boules de feuilles fermentées) débutait dans cette région appelée « pays de cocagne ». A la Renaissance à Toulouse ils deviendront les plus célèbres négociants pasteliers de l’histoire, ils s’y installent, accumulent des fortunes extraordinaires et bâtissent des hôtels pastelliers dans la ville rose.

Les coques se vendaient par milliers de tonnes chaque année, l’agranat s’échangeait à prix d’or et la réputation de ce pastel d’un bleu exceptionnel rejaillissait sur tout le pays.

On exportait L’Agranat, par les routes et par des bateaux nommés Gabarres.

Les guerres de religion et à la fin du XVIe siècle le développement des routes commerciales vers l’Extrême-Orient notamment des Indes permette l’arrivée de l’indigo*** extrait de l’arbre Indigotier plongent le midi toulousain dans le marasme. La culture du Pastel connait son premier déclin

Au début du XIXe siècle, Napoléon Ier créa une école expérimentale à Albi pour l’extraction de la fécule colorante des feuilles de pastel. Les recherches aboutirent à la réduction du temps d’extraction de la couleur, passant de 8 mois à quelques jours. Tous les soldats de l’Empire seront habillés en bleu de Pastel. Le milieu du XIXe siècle abandonne définitivement l’utilisation du Pastel, tout comme l’arrivée des colorants de synthèse au XXe siècle feront oublier la Garance et l’Indigo

Aujourd’hui, les techniques des pasteliers sont remises au goût du jour dans la région. Le pastel est de nouveau utilisé dans la coloration des textiles mais aussi dans la cosmétique du fait des vertus dermatologiques de son huile

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Pastel des Teinturiers Isatis Tinctoria

Pastel des Teinturiers Isatis Tinctoria

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Plante apparentée à la famille des choux, radis, colza, etc

Le nom « pastel » vient du latin pasta, « pâte », car autrefois les feuilles étaient broyées dans les moulins à pastel et formaient une pâte ensuite fermentée et séchée.

Pastel ou pastel des teinturiers ,Guède ou guesdec, Waide ou vouède (picard),Bleu de Picardie Herbe du Lauragais

La plante forme une rosette de feuilles basales la première année. Ses feuilles sont vertes, oblongues lancéolées. La deuxième année, elle émet une tige dressée qui peut atteindre 1,5 m de hauteur, sur laquelle s’étagent des feuilles plus petites, les feuilles supérieures embrassant la tige par des oreillettes.

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 Isatis Tinctoria

Isatis Tinctoria

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Les fleurs, à pétales jaunes, sont groupées en grappes. Les fruits sont des siliques de petite taille. Ce sont les feuilles qui sont récoltées pour la production de teinture.

Utilisation

La teinture bleue est extraite des feuilles de la plante. Ces feuilles, allongées, se détachent facilement par simple torsion lorsqu’elles ont atteint leur maturation au solstice d’été.

La récolte se poursuit de juillet à la mi-septembre jusqu’à ce que la plante ne possède plus de feuilles

Le pastel était une couleur importante qui était réservée aux rois et aux nobles le« Bleu Royal »

Les restes de teinture étaient récupérés par les gens et servait de peinture pour les bois et les volets. Cette teinture contenait un insecticide et un répulsif

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Pastel

Pastel

*** L’indigo, produit en Inde et extrait de l’arbre Indigotier. Sa production était plus simple et moins couteuse. En effet, le principe colorant l’indigotine se trouve en plus grande quantité dans les feuilles de l’Indigotier que dans les feuilles du pastel des teinturiers. Il faut en moyenne 2 tonnes de feuilles d’Isatis tinctoria pour produire 2 kg de pigment.

La Culture du Pastel

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pastel des teinturiers Isatis_tinctoria_

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1/Les semailles

Elles nécessitaient une importante main-d’oeuvre

D’abord la terre était profondément labourée,les mottes étaient écrasées au maillet ce qui exigeait un personnel nombreux. On y apportait du fumier vieux d’un an ou deux (l’engrais plus jeune contient des graines n’ayant pas eu le temps de pourrir et risque d’entraîner la germination de mauvaises herbes).
La période d’ensemencement se situait à la fin de l’hiver entre la mi-février et la fin mars.

Les semailles se faisaient à la volée, 15 kg/hectare de graines environ
la germination commençait au bout de trois semaines. 

2/ Le désherbage
Femmes, enfants, vieillards, tout le monde était chargé du désherbage. L’opération était difficile car le pastel se présentait comme une espèce de salade ressemblant à de la mauvaise herbe.

3/ La récolte

Cette opération réclamait également une main d’oeuvre nombreuse et compétente
Elle se faisait à la main ou à l’aide de ciseaux. Seules, les plus belles feuilles arrivées à maturité et juste avant leur jaunissement étaient retenues. On ne cueillait pas les fleurs. Plusieurs cueillettes se succédaient de l’été à l’automne
Il existait en fait quatre, cinq, voire six cueillettes, d’abord aux alentours de la St Jean (le 24 Juin), puis en Juillet, ensuite fin Août et fin Septembre. Cela se terminait début novembre. La récolte de juin était celle qui donnait la meilleure qualité.

4/ La production

On produisait en moyenne 15 tonnes/hectare en Lauragais, pour atteindre près de 22 tonnes en Albigeois.
Quelques plants étaient mis de côté pour préparer l’ensemencement de l’hiver suivant. Pour cela, ils n’étaient déracinés que lorsqu’ils atteignaient à peu près un mètre de haut, portant des paquets de graines vertes qui devenaient marron à maturité et pouvaient alors être réutilisées.

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Lectoure le bleu pastel

Lectoure le bleu pastel

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Les étapes de la fabrication de la teinture

On obtenait la teinture par un processus de transformation de la plante avec des techniques très évoluées et une main d’oeuvre toujours importante comme décrit ci-dessous.

1/ Le stockage

Un souci constant … éviter le dépérissement des feuilles
Dans un premier temps, les feuilles récoltées pour la teinture étaient entassées au bout des champs, puis étalées sur place pour qu’elles ne pourrissent pas.

Elles pouvaient, également, être transportées à la ferme. Ensuite, elles étaient lavées, puis mises à sécher dans un hangar bien aéré ou étendues sur un pré : on les retournait alors régulièrement, encore une fois pour éviter le pourrissement.

C’était aussi une protection contre les rongeurs et insectes divers. Ces opérations nécessitaient bien sûr un personnel nombreux.

Moulin à Pastel

Moulin à Pastel

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2/ Le broyage dans les moulins pasteliers

Durant cette opération, les feuilles étaient réduites en bouillie : on en récoltait une pulpe que l’on destinait à la fabrication de la teinture.
Les moulins à traction animale, animés par une énergie douce et régulière, permettaient d’obtenir une pulpe homogène. Les autres moulins, à vent ou à eau, étaient délaissés, au profit de moulins pasteliers.

Ces derniers appartenaient en général à des paysans plus aisés.
La meule était une pierre horizontale au centre de laquelle était fixé un axe vertical. Tout autour de cet axe, par l’intermédiaire d’un manche relié à l’animal, pivotait une roue verticale, généralement en pierre (quelquefois en bois)

moulins pasteliers

3/La fermentation

Première apparition des « coques »
Après broyage, la pulpe était mise à sécher six à huit semaines. Pour empêcher tout risque de moisissure, elle était sous surveillance constante .
Durant cette période, une première fermentation débutait, permettant ainsi un façonnage. Réalisé généralement par les femmes, celui-ci comprenait la réalisation d’une boule de dix à quinze centimètres de diamètre.

C’était la « coque » qui est à l’origine de l’expression bien connue « Pays de Cocagne », c’est à dire le pays des coques, symbolisant la source de toutes les richesses.

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Coque ou Cocagne

Coque ou Cocagne

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4/ Le séchage des coques

Pour sécher, les coques étaient placées sur des claies, dans un lieu aéré

5/ La seconde fermentation

Les coques, une fois sèches, étaient écrasées et mouillées pour déclencher une seconde fermentation. Celle-ci était la phase la plus délicate, nécessitant une surveillance de tous les instants pour maîtriser sa régularité. Pour accélérer la fermentation on pouvait rajouter du purin ou de l’urine humaine, pour la ralentir on pouvait aussi verser de l’eau claire. Cela donnait une mixture noirâtre qui devait être remuée régulièrement pour maintenir son homogénéité.

 

A terme, après pulvérisation de la pâte, on obtenait ainsi un produit, d’aspect granuleux, que l’on appelait  » agranat « . C’est avec ce produit qu’on allait pouvoir fabriquer la teinture.
Une coque pesait environ 500 grammes et donnait environ la moitié de son poids d' »agranat ». Le produit final devait représenter à peu près 7 à 8% du poids initial des feuilles, lors de la cueillette.

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Paste Bleu de Lectoure

Paste Bleu de Lectoure

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L’agranat était conditionné en sacs et pouvait être transporté facilement. Cette phase-là, pouvait durer 6 mois, c’est à dire le temps de se remettre au travail pour entamer la mise en culture d’une nouvelle récolte.

6/ La teinture

La couleur particulière du bleu pastel est obtenue par oxydation du jus verdâtre obtenu à partir des granulés d’agranat.
En la mélangeant à d’autres teintures, on pouvait réaliser d’autres colorations (verts, pourpres ) d’excellente qualité

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wede

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Au Moyen Age le pastel était en concurrence avec d’autres teintures

Le Kermès : les oeufs du kermès, puceron associé au chêne-kermès, une fois traités et séchés donnent un rouge écarlate

La Garance, plante herbacée dont la racine fournit une matière colorante rouge (le rouge garance des pantalons de l’infanterie)

La Gaude, réséda des teinturiers, produit une couleur vert-jaunâtre.

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DES RACINES ET DES AILES (13 octobre 2010)

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Bleu de charrette

(fabriqué avec le pastel) est une peinture rustique et les lasures, offrent leur jolie gamme de bleus, et leurs propriétés fongicides.

Autrefois, les paysans récupéraient les fonds de cuves de pastel et peignaient en bleu, les charrettes, les charrues, les cornes des bœufs, les volets, les portes et les fenêtres, car cette peinture était répulsive aux moustiques et aux insectes. Cette couleur, toujours utilisée pour peindre les volets de bois dans certaines régions avait une vertu insecticide par les pigments bleus toxiques qu’elle contenait.

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Circuit du Pastel

Circuit du Pastel

 

Dans un triangle Albi, Toulouse, Carcassonne, la «Route historique du Pastel au Pays de Cocagne» 

Au Château de Mangrin, seul musée de pastel de France… On y découvre toutes les étapes de la transformation du pastel, de la culture de la plante, l’Isatis Tinctoria, au stockage des boules de pastel ou « cocas », après les passages obligés par le moulin et par le séchoir  …
Peintures, teintures uniques que l’on peut voir sur place, ce bleu unique fut longtemps considéré comme le meilleur

200 km à travers les départements du Tarn, de l’Ariège, de l’Aude, de la Haute Garonne et du Gers

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Une journée de teinture au Château de Loubens Lauragais

 

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À propos de mimsy4818

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