lama

Dans le sud du Pérou, sur les hauteurs altiplaniques, il est une légende, que l’on colporte aussi de l’autre côté du lac Titicaca et plus au sud encore, sur les versants abrupts des Andes chiliennes.

Un conte comme ceux qui éveillent la jeune progéniture au monde ;   un mythe qui explique la raison d’être des choses et perpétue par-dessus tout, ce lien immatériel qui depuis toujours lie les hommes, la terre et le ciel.

*

fleur de  Cactus. altiplano

« Erase una vez » sur les hauts plateaux andins, un joli bouton de fleur allait s’épanouir et ajouter à ces décors vertigineux une subtile touche de couleur parfaite ; telle la précision qu’ aurait laissée sur la toile du monde, le pinceau de cette Mère Nature, femme inspirée, muse de tous les artistes, et qui aurait offert là l’une des plus belles expressions de son talent créatif.

La palette de couleurs était ainsi si remarquable que l’on aurait aujourd’hui manqué de vocabulaire pour les exprimer toutes. Tons, teintes et nuances formidables étaient encore si surprenantes que même le plus aigri des hommes aurait été ému par tant de beauté authentique.

Tout n’était qu’ harmonie et équilibre. Il n’y avait ici que luxuriance, eau en abondance et sources de jouvence. On aurait aisément pu croire à un paradis terrestre, tant et si bien d’ailleurs, que cet havre de paix était précisément lové entre les flancs de montagnes incommensurables dont les cimes caressaient tous les jours, les cieux…

fleur de l'altiplano chilien

On raconte en effet qu’il fut une époque où les régions altiplaniques n’étaient pas balayées par ces vents puissants qui rendent aujourd’hui, la vie ingrate à la Vie.

Les sommets étaient enveloppés par une douce moiteur qui procurait au contraire, les conditions idéales à de magnifiques floraisons qui se jouaient du climat et des saisons. De fait, toutes plus belles les unes que les autres, les fleurs ne cessaient jamais de bourgeonner. 

fleur de l'altiplano chilien - Copie

Elles s’ouvraient dans un même élan ; ce qui semblait faire du moindre pâturage un somptueux parterre du jardin de Dieu. Et, quand elles commençaient à flétrir, c’était toujours pour engendrer une pousse plus remarquable encore. Et ainsi, dans un cycle ininterrompu…

Jusqu’à ce que vint pourtant, sans que l’on ne puisse expliquer pourquoi, ni comment, une période malheureuse où la chaleur presque tropicale qui donnait aux plantes les raisons de leur magnificence se convertît en froid glacial.

Peu à peu, les fleurs fanèrent l’une après l’autre. Certaines malgré tout, parvinrent à résister en s’adaptant tant bien que mal aux températures négatives et aux nouvelles conditions de la vie en altitude.

Malheureusement, le combat contre l’adversité fut rude pour ces « imortelas » andines (edelweiss en occitan) et la plupart y perdirent beaucoup de leur indicible beauté. Car, jamais en vérité, elles ne purent recouvrer cette énergie sans cesse évanescente qui leur permettait de renaître et de rajeunir d’une beauté toujours originelle.

D’ailleurs, la flore ne fut pas la seule affectée par cette soudaine évolution glaciaire, beaucoup de ces animaux qui constituaient une faune tout à fait exceptionnelle disparurent, et on ne compta désormais plus guère qu’avec des bêtes peu élégantes, hautes sur pâtes, à la fourrure épaisse et à la chair tendre, les fameuses vigognes, alpagas, guanacos et autres lamas.

*

Lama et Neige.by Sinkha63

©Sinkha63

Lors d’une affreuse tempête de neige, un jeune lama justement s’égara par mégarde de son troupeau. Frigorifié, il se risqua, plutôt que de rester immobile à attendre que Mère Nature, moins inspirée qu’alors, se montre de nouveau clémente, à s’aventurer plus loin encore.

Poussé par l’énergie du désespoir, peut être espérait-il pouvoir retrouver la trace de ses compères ?

Or, la neige qui s’accumula en quantité avait déjà masqué les siennes, et quand le soleil perça de nouveau à travers les nuages, le pauvre lama prit d’autant plus la mesure de son désespoir que son frêle museau, endolori par le froid, ne parvenait pas à arracher sous cette épaisse couche blanche, les quelques touffes d’herbes rachitiques qui lui aurait permis de survivre. Apeuré et épuisé, le jeune lama se mit à pleurer.

Toutefois, revigoré par cette force que seule l’adversité engendre, il s’encouragea à reprendre la marche.

Rendue difficile par un manteau neigeux instable, cette dernière s’avéra plus délicate encore qu’il ne le croyait. Aussi, le plus prudemment qu’il fût possible, le lama posait sur la neige ses petites pattes et avançait lentement. Car, malgré son jeune âge, il connaissait déjà très bien les dangers de la montagne. Néanmoins, il était moins effrayé par d’éventuelles avalanches que par le risque d’affaissement de cette couverture blanche qui masquait tous les périls que le jeune lama redoutait le plus : le torrent glacé et la profonde crevasse. Souvent, il s’enfonçait jusqu’ à hauteur du cou.

Mais, toujours, grâce à d’âpres efforts, il parvenait à s’extirper de son piège gelé. Chaque centaine de mètres parcourue était vécue comme une victoire sur le malheur. Cependant, après quelques heures d’une marche interminable, le lama abattu avait perdu tout espoir de salvation. Son courage l’avait ainsi déjà quitté depuis longtemps…

C’est alors qu’il aperçut en face de lui, à une vingtaine de mètres, une petite tache de couleur qui se détachait du manteau blanc.  

Il s’approcha et constata qu’il s’agissait d’une petite fleur magnifique. Ses pétales aquarelles, qui semblaient palis par le froid, renforçaient à sa stature 

fleur-de-cactus

de petit être frêle. Pourtant, sans l’ombre d’une hésitation ni même de remord devant une si fragile beauté, le lama affamé se pencha sur elle pour l’avaler ; avant que celle-ci ne l’en empêcha en lui annonçant sur un ton éploré :

– « Tu n’as pas le droit de me manger, car je s

uis là pour décorer l’Altiplano, quand les beaux jours reviendront… »

Surpris dans un premier temps, le jeune lama fut surtout touché par la sincérité de cette réponse qui, dans un contexte différent, aurait sans doute pu être interprétée comme une regrettable marque d’orgueil. Néanmoins, tout aussi sincère, le lama tint à faire preuve de déférence envers la petite fleur, sans pour autant éviter que les paroles qui lui rétorqua ne l’affecta quelque :

– « Ton rôle est d’embellir le paysage, cert

es. » lui dit-il, avant d’ajouter « mais le mien est aussi de nourrir le berger et de lui donner chaud grâce à ma laine. »

La petite fleur ne se montra qu’à moitié dupe devant les paroles pourtant honnêtes du jeune lama. Ainsi, un brin sévère elle lui répondit :

– « Ne me mens pas ! Soit franc et dis-moi plutôt que tu sais que s’en est fini de toi si tu ne me manges pas. »

Et le lama de confirmer :

– « Certes, tu as raison. Mais, ne sommes nous pas dans une situation identique ? En vérité, nous réagissons tous de la même manière devant l’adversité. Toi, avant de vouloir décorer la montagne, ton désir le plus profond n’est-il pas avant tout de vivre ? C’est-à-dire de résister au froid et de ne pas être mangée ? Toutefois, tes paroles m’ont touché. Aussi, pour te montrer ma bonne fois, je ne te mangerai pas

L’altruisme et la compréhension mutuelle du lama envers la fleur et de la fleur envers le lama forgèrent entre eux, une franche estime renforcée par la gravité de leur situation respective. Le lama se posa alors à côté de la petite fleur et attendit la mort, presque sereinement…

fleur-de-cactus - Copie

Or, quelques minutes plus tard, le berger qui aperçut au loin, son jeune lama égaré, accourut à travers la montagne enveloppée dans son manteau d’hiver.

Quand il arriva sur place, son petit lama était au bord de l’évanouissement. Il était ainsi grelottant, affamé et en toute vérité, moribond. Alors que le berger s’apprêta à couper la petite fleur pour lui mettre dans la bouche, le jeune lama poussa un râle.

Le berger, apeuré, comprit son désaccord et lâcha cette vulnérable tige qu’il tenait entre deux doigts.

Se sentant dépourvu devant la mort d’un être qu’il considérait plus comme un enfant que comme une bête, il s’agenouilla désespéré pour faire une prière.

Touché autant par cette scène émouvante que par l’amour que le berger portait à son ouaille, le Très Haut donna raison au berger et à son lama. Et en conséquence, l’infortunée petite fleur se laissa donc manger ; mais à une condition ordonna-t-Il :

– « Toi et tes pairs, vous saurez honorer le sacrifice de la petite fleur. »

Et, c’est ainsi que par reconnaissance, le berger décida de parer les oreilles du lama de frisettes en tissus de toute les couleurs, en souvenir de cette petite fleur qui aurait décoré de sa beauté originelle, les flancs de ces montagnes par les vents, pelés.

lama1

L’Altiplano, qui signifie « plaine d’altitude » en espagnol, est situé au cœur de la cordillère des Andes, est la plus haute région habitée au monde après le plateau du Tibet. Il s’étend sur près de 1 500 kilomètres de long.

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À propos de mimsy4818

" Même lorsque l'on croit que l'on n'attend plus rien, nous attendons toujours quelque chose ou quelqu'un…" Curieuse de tout j'aime partager tout simplement ,plutôt "electron libre " j'ai des petites révoltes ,déteste le mensonge ,l'hypocrisie ,la méchanceté ,en résumé " Un chat est un chat " un peu décalé J'aime essentiellement ma liberté même si elle demande des sacrifices conséquents Adore les animaux ,la nature , mer et campagne la photographie ,la peinture ,l'architecture ,la poésie (des autres) l'actualité et ......les voyages ,parcourir la planète même dans le virtuel Dernière activité Rêver

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