Fils d’instituteurs, René Guy Cadou est né le 15 février 1920 à Sainte-Reine de Bretagne, dans la Loire-Atlantique.

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Le vent, les bruyères et la mer si proche sont ses amis d’enfance  Il fait des études de philosophie au lycée Clémenceau à Nantes.

© Pierre Oboukhoff

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Odeur des pluies de mon enfance

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
A sept ans comme il faisait bon,
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

O temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

R.G.C

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En 1936, Cadou fait la rencontre de Michel Manoll, qui sera son révélateur en poésie et humanité. Il lui fera connaître Max Jacob et Pierre Reverdy.

Cadou est vite pris dans la fièvre de l’écriture qui plus ne tarira jusqu’au bout. Cadou publie en 1937 son premier recueil de poésies  « Brancardiers de l’Aube »

Il est entré en poésie à sa manière par l’intensité et la ferveur, l’ardeur et la fraternité avec le monde. Des chocs profonds viendront assombrir sa poésie lumineuse : la mort du père, la guerre, la débâcle.

Il est mobilisé en juin 1940, mais, malade il sera réformé le 23 octobre, Instituteur suppléant dans la région nantaise « hussards en blouse » le conduit aux quatre coins du département.

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Durant l’Occupation allemande, il ne s’engage pas de façon militante mais ses écrits, notamment le recueil Pleine poitrine,témoignent de son soutien à la Résistance et de son désir de dénoncer la barbarie nazie, par exemple dans les poèmes« Ravensbrück » et « Les Fusillés de Châteaubriant ».

La bande de copains, qui par facétie s’est baptisée « l’Ecole de Rochefort », se noue en gerbes de blés d’espoir et d’amour de la vie, et de liberté

C’est à cette époque, en pleine guerre, qu’il prend le train régulièrement à Ancenis pour aller retrouver ses amis poètes de l’école de Rochefort à Rochefort-sur-Loire, entre les Ponts-de-Cé et Chalonnes-sur-Loire. Les rencontres se passent dans la salle à manger de Jean Bouhier, pharmacien à Rochefort.

Ces jeunes poètes proclament l’amour de la vie, l’espoir, la liberté et publient au pire moment de la guerre. René-Guy Cadou fait paraître « Testament d’Apollinaire ».

Il écrit son premier roman « La maison d’été » et achève un recueil « La vie rêvée ». Il est enfin nommé instituteur titulaire en 1945 à Louisfert près de Châteaubriant et se marie l’année suivante avec Hélène Laurent qu’il célébra dans un véritable hymne à l’amour « Hélène ou le règne végétal ».

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Le bonheur fut de courte durée car la maladie surgit et fait son œuvre inéluctable. Il pressentait sa fin prochaine qui est survenue à l’âge de 31 ans. « Je ne ferais que quelques pas sur cette terre »

En 1945, il est nommé à l’école communale du petit village de Louisfert, toujours en Loire-Atlantique.

Il mène alors une vie simple au milieu des gens du terroir. Parallèlement, il continue de publier, notamment « les Biens de ce monde ». Il meurt prématurément en mars 1951.

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Le chant de solitude

 

Laissez venir à moi tous les chevaux toutes les femmes et les bêtes

bannies

Et que les graminées se poussent jusqu’à la margelle de mon établi

Je veux chanter la joie étonnamment lucide

D’un pays plat barricadé d’étranges pommiers à cidre

Voici que je dispose ma lyre comme une échelle à poules contre le ciel

Et que tous les paysans viennent voir ce miracle d’un homme qui

grimpe après les voyelles

Étonnez-vous braves gens ! car celui qui compose ainsi avec la Fable

N’est pas loin de trouver place près du Divin dans une certaine

Étable !

Et dites-vous le soir quand vous rentrez de la foire aux conscrits ou

bien des noces

Que la lampe qui brûle à l’avant du pays très tard est comme la

lanterne d’un carrosse

Ou d’un navire bohémien qui déambule

Tout seul dans les eaux profondes du crépuscule

Que mon Chant vous atteigne ou non ce n’est pas tant ce qui

importe

Mais la grande ruée des terres qui sont vôtres entre le soleil et ma

porte

Les fumures du Temps sur le ciel répandues

Et le dernier dahlia dans un jardin perdu !

Dédaignez ce parent bénin et maudissez son Lied !

Peut-être qu’un cheval à l’humeur insolite

Un soir qu’il fera gris ou qu’il aura neigé

Posera son museau de soleil dans mes vitres.

 

René-Guy Cadou

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Les chevaux et les chiens
Parlent mieux que les hommes
Et savent de très loin
Reconnaître le ciel

Ils n’ont pour eux que l’herbe
Et la grave tendresse
Des bêtes qui remuent
Tristement le passé

Mais dans leurs yeux inquiets
Des choses et des hommes
Passe parfois l’éclair
D’une saison future.

René-Guy Cadou

© William Woodhouse "Horse and Dogs"

Dans les pas de  René-Guy Cadou

La Brière

 

La Brière et la Presqu’île guérandaise   

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À propos de mimsy4818

" Même lorsque l'on croit que l'on n'attend plus rien, nous attendons toujours quelque chose ou quelqu'un…" Curieuse de tout j'aime partager tout simplement ,plutôt "electron libre " j'ai des petites révoltes ,déteste le mensonge ,l'hypocrisie ,la méchanceté ,en résumé " Un chat est un chat " un peu décalé J'aime essentiellement ma liberté même si elle demande des sacrifices conséquents Adore les animaux ,la nature , mer et campagne la photographie ,la peinture ,l'architecture ,la poésie (des autres) l'actualité et ......les voyages ,parcourir la planète même dans le virtuel Dernière activité Rêver

"

  1. arbrealettres dit :

    Bravo pour ce bel article de René-Guy
    (d’autres ici si ça vous dit
    http://arbrealettres.wordpress.com/tag/Rene-Guy-Cadou/ )
    et aussi belles images de la Brière où j’étais encore samedi dernier! 😉
    Oui, balade dans le marais et aussi la balade en calèche et … une bonne crêperie
    pour se réchauffer après les giboulées… d’Avril! 🙂
    Bonne continuation Poétique!

    Ch Passeur de Mots
    🙂
    Blog de Poésie: http://arbrealettres.wordpress.com
    Index: http://pagesperso-orange.fr/coolcookie/poesie/index.html
    Blog de Photos: http://arbreaphotos.wordpress.com

  2. paulat dit :

    je ne connaissais absolument pas ce poète par contre la musique qui accompagne la vidéo de Tchaikovski le lac des cygnes ça je connais!
    merci claire

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