Au Pays du Soleil levant

Zen

Dans une petite ville, près de la mer, vivait une fois, dans un temple, un bon vieux moine.
Il aimait par-dessus tout s’asseoir sur sa véranda et contempler les flots.
Et, pour ne pas se sentir trop seul, il avait monté, sur le toit, au-dessus de la véranda,
une clochette argentée.

Celle-ci était accrochée à une large bande de papier qui comportait, écrit dessus, un merveilleux poème.
Et dès que le vent soufflait ne serait-ce qu’un petit peu, et au bord de la mer,
il y a toujours de l’air, le papier se balançait et la clochette argentée tintait agréablement.

Le vieux moine était assis sur la véranda, contemplait la mer,
écoutait le son cristallin de la clochette argentée et souriait de contentement.

Et dès que le vent soufflait ne serait-ce qu’un petit peu, et au bord de la mer,
il y a toujours de l’air, le papier se balançait et la clochette argentée tintait agréablement.

« Pourquoi ne te la prêterais-je pas, » dit le moine aimablement.
« Mais n’oublie pas de me la rapporter dès demain matin, car sans la clochette, je serai très triste. »

Mohei remercia respectueusement le moine et lui promit
de rapporter la clochette sans faute le lendemain.
Puis il rentra chez lui et accrocha la clochette au-dessus de sa véranda.
La clochette se mit à tinter et le coeur de Mohei devint léger, léger,
le monde lui parut soudain si beau qu’il se mit à danser.

Le lendemain, le moine était de fort mauvaise humeur dès l’aube.
Il ne cessait de sortir sur le chemin devant le temple pour voir si l’apothicaire arrivait.
Mais Mohei ne venait pas. Une heure se passa ainsi, puis une deuxième,
et comme, à midi, l’apothicaire n’était toujours pas revenu avec la clochette,
le moine appela son disciple Taro et lui ordonna :

« Cours vite en ville chez l’apothicaire Mohei. Il a emprunté hier ma clochette argentée
et devait la rapporter dès ce matin. Rappelle-le lui et dis-lui que j’attends avec impatience. »

Taro courut chez l’apothicaire, mais à peine arrivé dans le jardin de celui-ci,il s’arrêta, étonné.
Il entendait le joyeux tintement de la clochette et voyait l’apothicaire qui dansait dans le jardin
en faisant voltiger ses manches et les pans de sa robe.
Taro ne savait comment s’adresser à l’apothicaire ;
et, soudain, il devint si joyeux à son tour qu’il se mit aussi à danser.

Une heure se passa, puis une deuxième, l’apothicaire n’était pas encore venu
et Taro ne rentrait pas non plus.
Le vieux moine secoua la tête de dépit et, comme il devenait de plus en plus triste,
il appela son deuxième disciple, Djiro, et lui ordonna :

« Cour vite chez l’apothicaire Mohei et dis-lui de me rapporter ma clochette argentée.
Et si, en route, tu rencontres Taro, dis-lui qu’il devrait avoir honte d’obéir aussi mal à son maître. »

Djiro courut aussi vite que ses jambes le lui permettaient.
Pénétrant dans le jardin de l’apothicaire, il entendit un tintement joyeux et il vit,
à son grand étonnement, l’apothicaire et Taro qui dansaient dans le jardin.
Et, avant qu’il ait pu décider s’il fallait d’abord gronder Taro de son oubli
ou rappeler l’apothicaire de rendre la clochette, il tournait à son tour au rythme de la danse,
en oubliant le monde.

Une autre heure avait passé, puis une deuxième. Le soleil s’abaissait sur l’horizon.
Mais ni l’apothicaire, ni l’un des deux disciples n’apparaissaient.
Le vieux moine ne pouvait s’expliquer ce fait.
Subitement, il devint plus triste qu’il ne l’avait jamais été.
Finalement, il n’y tint plus, chaussa ses sandales et se rendit personnellement à la maison de l’apothicaire.

Avant même de pénétrer dans le jardin,
il entendit le doux tintement de la clochette bien-aimée et des rires joyeux.
En entrant il aperçut l’apothicaire et ses deux disciples qui se tenaient par la main.
Ils dansaient vers la gauche, puis vers la droite, et un sourire béat illuminait leurs visages.
Le moine secoua la tête et ne savait comment s’expliquer ce phénomène.
Mais cela ne dura pas longtemps.
Soudain, sa tristesse s’enfuit, ses pieds commencèrent à se mouvoir tout seuls,
le moine sourit à l’apothicaire, tendit une main à Taro et une autre à Djiro,
puis ils continuèrent à danser tous les quatre.

Japon Petites Cloches suspendues

Et, quelle en est la suite ?

Eh bien, si nous voulions le savoir il faudrait envoyer quelqu’un dans le jardin de l’apothicaire.
Mais il n’est pas certain qu’il reviendrait.
Car dès qu’il entendra le son joyeux de la clochette et qu’il verra
les quatre personnes danser dans le jardin, il oubliera tout et se joindra à elles.
Et il nous faudrait alors envoyer un deuxième, puis un troisième, et encore un quatrième…

Finalement, il ne nous resterait pas d’autre solution que d’y aller nous-mêmes,
et nous nous mettrions à danser à notre tour.
Et, cela n’est pas possible ; il n’est pas possible que tous les hommes se mettent à danser.
Donc, nous n’envoyons personne chez l’apothicaire et maintenant nous allons,
bien sagement, nous coucher.

 

 

http://www.artmony.biz   contes & légendes

 

Publicités

À propos de mimsy4818

" Même lorsque l'on croit que l'on n'attend plus rien, nous attendons toujours quelque chose ou quelqu'un…" Curieuse de tout j'aime partager tout simplement ,plutôt "electron libre " j'ai des petites révoltes ,déteste le mensonge ,l'hypocrisie ,la méchanceté ,en résumé " Un chat est un chat " un peu décalé J'aime essentiellement ma liberté même si elle demande des sacrifices conséquents Adore les animaux ,la nature , mer et campagne la photographie ,la peinture ,l'architecture ,la poésie (des autres) l'actualité et ......les voyages ,parcourir la planète même dans le virtuel Dernière activité Rêver

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s